Démolition


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'Therapy'

"Le coeur meurtri par le mal, gonflé par le vide,
Je me perds, je sombre sans comprendre la dualité ;
J’essaie de tout reconstruire, de tout remonter,
Alors qu’il faudrait couper mes racines fétides."

Cible en vue

J'adorerais mieux me connaître pour savoir comment reconnecter ces fils qui se détachent les uns des autres et pour couper les connexions qui ne devraient plus s'y faire. "Le cerveau a encodé en profondeur la mémoire traumatique, car les émotions étaient trop violentes à gérer." J'ai parfois l'impression d'être devant quelqu'un que j'aime mais aussi devant une parfaite inconnue - l'impression de savoir dans quels tiroirs fouiller pour guérir mais d'avoir peur de regarder tant mes cauchemars y moisissent depuis des années. Mais je me suis fait une promesse en ouvrant ce journal (...)

L'engrenage infernal

"[...] Je me disais qu'il te réservait toute sa douceur et son affect, mais je me suis sans doute trompée." Elle a beau être inconsolable et me faire de la peine, cette maman fait parfois réfléchir tous les problèmes de la société dans ses paroles. Je ressens alors tout ce que j'ai eu peur de ressentir : l'incompréhension, le jugement, le mépris, les vilaines curiosités qui s'accrochent comme des herbes sauvages, qui s'enroulent autour de tout ce qu'elles peuvent. Tant dans ma famille que dans la sienne, personne ne comprend mais surtout, personne ne sait ; les siens croient (...)

Le message

Petite note, si elle est lue un jour par quelqu'un : cet écrit est, je trouve, assez décousu. Peut-être qu'il est clair lorsqu'il est parcouru par un oeil nouveau, mais il me paraît si loin de ce que je ressens aujourd'hui. Je manque de précision et c'est super frustrant, ce n'est pas aussi libérateur que toutes les autres fois où j'ai publié sur mon journal... Si je n'aurais pas dû être chez moi cette nuit, je me dis que j'échappe à une soirée qui m'aurait sans doute fait plus de mal que de bien. Si j'aurais dû me blottir dans les bras d'un homme ce soir, je me dis que (...)

Où suis-je passée ?

Si je ne cesse de répéter qu'il faut me démolir avant de me reconstruire, c'est peut-être aussi par erreur ; il reste sans doute quelques fragments importants à récupérer et à guérir sous toutes les blessures qu'on m'a infligées. "La thérapie EMDR est censée permettre au cerveau de retraiter les informations enregistrées lors du trauma afin de les débarrasser de leur charge affective." J'ai beau éplucher tous les articles qui évoquent l'état de stress post-traumatique, je me demande souvent si ma façon de faire est la bonne. Est-ce que me soigner seule ne serait pas (...)

4h30, sur le pas de la porte

Adossé contre le mur en crépi de la maison, alors que la nuit noire donne à notre conversation un goût presque mélancolique, il me balance les pires cruautés à la figure. Il m'explique qu'après tout, je n'ai jamais su m'ouvrir à lui et qu'à l'époque, "notre relation, c'était plus du physique qu'autre chose, pas vrai ?". Il porte sa cigarette à la bouche pour la centième fois de la soirée, il vacille un peu, se remet de ce qu'il vient de dire pour se raviser et m'expliquer qu'il n'aime pas ses propres paroles. Je peine à le comprendre, lui qui est de toute façon bourré et (...)

Objectif : m'aimer

Il serait sans doute dangereux voire étrange d'être certaine de ce que je fais ; et je pense qu'il faut m'y habituer, que la vie est emplie d'incertitudes et d'évidences qui se brisent un jour où l'autre. Alors, on jongle, de vérité en vérité, et on profite du présent, on évolue en pensant à la suite et en essayant, à la fois, d'y penser le moins possible. Dans ma tête, c'est le désordre - sans doute parce qu'un peu plus tôt dans la semaine, j'ai revu l'homme que j'aime encore pour récupérer mes dernières affaires. Il est vexé car j'ai supprimé nos photos sur les (...)

Recognition

Même si ma santé mentale occupe toutes mes pensées ces derniers jours, réfléchir à mon évolution au travail est aussi une belle façon d'avancer. Je me suis promis d'écrire pour guérir mais pour l'instant, il me semble difficile voire impossible de débuter cette catharsis. J'ai sans doute besoin d'un peu de temps pour moi ; les journées à ne rien faire me manquent terriblement. J'ai l'impression que le temps aspire toute mon énergie et que les angoisses transforment les heures en secondes et les secondes en heures. Quelquefois, je n'ai plus de repère. Alors je m'accroche aux (...)

Mécanique du coeur

C'est comme si je n'étais plus que spectatrice de tout ce que je fais ; parfois, un peu comme lorsque je conduis sur un chemin que je connais par coeur, je perds le fil mais je continue. Comme une petite automate, je ne me pose plus aucune question, je ne ressens plus d'émotions, je deviens mécanique, je ne me demande plus ce que je fais ici. Lorsque l'interrogation m'effleure, elle est vite oubliée. Et cette fâcheuse habitude, à moins qu'elle ne soit temporaire, est et sera à tout jamais mon plus grand défaut, je crois bien. C'est comme si mon énergie était sans cesse au plus bas, (...)

L'étape cruciale

Les mains moites, les larmes aux yeux, la peur au ventre, je me suis lancée et j'ai tout arrêté. Mes paroles ont ralenti et accéléré le temps à la fois, on a parlé pendant des heures ; et on ne savait plus si on devait pleurer ou se serrer aussi fort que possible. Son visage qui se déforme et ma voix qui sonne grave m'ont presque traumatisée. Et puis, l'air sûre de moi, je lui ai expliqué que j'allais prendre mes affaires et rentrer à la maison, loin de lui, loin de nous. Sauf qu'en réalité, je n'étais pas certaine et je ne suis pas encore certaine de ce que j'ai fait la (...)

Dissociation aigue

C'est insidieux d'abord, presque naturel ; ça vous déconnecte des autres, ça vous coupe de vous-même. J'entends les battements de mes veines mais je suis incapable de comprendre les questions qu'on me pose. C'est un rêve où on n'écoute plus grand chose, où on n'entend pas tout et où les choses se déforment - et le plus étrange, c'est que cela me gêne à peine. Je me sens mieux loin de mon corps et de mes émotions, je ne ressens plus que des sensations physiques qui bâtissent le paradis que je m'invente. Je marche sur des nuages, j'entends tout et je n'entends rien à la fois ; (...)